(sans l'ombre d'un doute)

jeudi 14 février 2019

Priorités



Il y a déjà pas mal d'années, j'ai passé plus de 10 jours à jeûner (15, je crois, mais je ne veux pas faire le Marseillais). 
C'était après une retraite zen de 15 jours au Temple de la Gendronnière, près de Blois. On n'y mangeait déjà pas beaucoup (un bol végétarien en guise de tout repas). A l'issue de quoi j'en ai profité pour me considérer prêt à faire un jeûne complet — parce qu'il faut y aller progressivement, sinon c'est l'horreur.
Au bout de trois jours à ne rien manger du tout, la faim disparaît complètement. On se retrouve dans un état un peu inhabituel — un peu stone, et à la fois plein d'énergie — très éveillé et lucide en tout cas. Je pouvais me balader, faire les courses, aller à la bibliothèque et tout et tout (par contre l'haleine... gare). Je passais l'essentiel de mon temps à lire avec une super concentration. Et je n'ai jamais aussi bien dormi.
Le truc pénible c'est d'une part la conjointe qui fait la gueule (ça ne l'amuse pas du tout de manger devant toi qui ne bouffe rien et la regarde comme un con en lui disant "Ne t'en fais pas pour moi ma chérie, te regarder manger de bon appétit suffit à me combler").
L'autre truc délicat c'est que le temps, n'étant plus ponctué par les repas, paraît beaucoup plus long. C'est un temps continu, sans pauses rituelles, sans diversions. Il n'y a plus la réjouissance des repas, ni leur préparation, ni la digestion, ni rien qui fasse des vagues. Ça offre un supplément de temps immense qu'on ne sait pas trop comment occuper. Si tu es mystique, j'imagine que tu te tournes vers Dieu, mais si ce n'est pas le cas tu te fais un peu chier — faut avouer.
Bon, au bout de quelques jours, tu finis par en prendre ton parti. Je veux dire que tu te fais à la chose. C'est là que tu commences à regarder ton chat comme ton seul vrai frère. Lui et toi vous êtes dans le même trip. Les autres et tout le bordel autour, ce n'est plus votre affaire. Il y a des priorités dans la vie. Ne rien faire est la première.




mercredi 13 février 2019

Nein


De la même façon, si je choisis exceptionnellement un matin de prendre du thé plutôt que du café, j'y vois la preuve de mon libre-arbitre. Non mais quelle blague !
J'ai choisi mon non-métier ? J'ai choisi d'adopter un chat (puis deux) ? J'ai choisi d'être châtain comme Macron ? J'ai choisi de venir habiter Paris ? J'ai choisi d'être fauché ? J'ai choisi ma fortune intérieure ? J'ai choisi d'arrêter ou de reprendre la méditation ? J'ai choisi d'écrire ces lignes ? Nein. Je n'ai rien choisi du tout. Pas parce que je suis un gros légume passif, mais parce qu'il n'y a personne là qui serait l'auteur de quoi que ce soit. Pourtant des choix se font, oui, aucun doute. Mais ce n'est pas moi qui choisis.
Une bonne métaphore pour illustrer ça, c'est celle de l'enfant sur un manège qui tourne en tous sens le volant de sa petite voiture jaune, persuadé d'en être le conducteur. La force d'illusion est immense — et c'est mignon comme tout.


mardi 12 février 2019

Automatique


On se dit le matin : "Je me lève, quel effort héroïque !", alors que d'évidence "je" ne lève rien du tout : la sonnerie se déclenche, l'oreille la capte, le cerveau change de régime, les sensations corporelles se réveillent, entraînant un sentiment de localisation dans l'espace-temps, les pensées associatives du rêve font place à des pensées programmées et automatiques ("je dois me lever", "j'espère que ce sera une bonne journée"), etc. Tout ça se fait tout seul. C'est une cascade de causes et d'effets. Tout est automatique. Pourtant je crois mordicus être l'auteur de mes pensées et du moindre de mes gestes.


 



dimanche 10 février 2019