François Matton

(NI CECI NI CELA)

mardi 6 décembre 2022

Immobile

Tolstoï, Carnet (1910)

Il semble d'abord que le monde se meut dans le temps et que je marche avec lui, mais plus on vit et plus c'est d'une vie spirituelle, plus il devient clair que le monde se meut et que soi-même on est immobile. Parfois on en a clairement conscience, parfois on retombe dans l'erreur qu'on se meut avec le temps. Et quand tu comprends ta propre immuabilité — ton indépendance du temps, tu comprends aussi que non seulement le monde se meut tandis que tu restes immobile, mais qu'en même temps que le monde se meut ton corps : tu grisonnes, tu perds tes dents, tu t'affaiblis, tu es malade, mais tout cela se fait avec ton corps, avec ce qui n'est pas toi. Tandis que toi tu es toujours le même — un seul et même toujours : à huit ans et à quatre-vingt-deux ans. Et plus tu as conscience de cela, plus la vie se transporte d'elle-même hors de toi, dans l'âme des autres hommes. Mais ce n'est pas seulement cela qui te convainc de ton immuabilité, de ton indépendance du temps — il y a une conscience plus solide du fait que le moi, ce qui constitue mon moi indépendamment du temps, est un, toujours un et indubitable. C'est la conscience de mon unité avec le Tout, avec Dieu.

lundi 5 décembre 2022

mardi 29 novembre 2022

mercredi 23 novembre 2022

samedi 19 novembre 2022

Un bon duo

Nous avons formé un duo assez drôle jeudi à la librairie Les Traversées. Moi en chien un peu foufou, Lise en digne capitaine du drôle de navire qu'est La femme sans bouche. Le public riait.

Ne manquez pas notre prochain numéro, lundi 21 à la Maison de la poésie :
https://maisondelapoesieparis.com/programme/lise-charles-francois-matton-la-femme-sans-bouche/








mercredi 16 novembre 2022

Vive la Belgique !

(Article de Geneviève Simon sur La femme sans bouche dans La Libre Belgique)

À partir de dessins de François Matton réalisés depuis qu’il a quinze ans, Lise Charles tisse une prodigieuse toile.
★★★ La Femme sans bouche, roman graphique de Lise Charles et François Matton, P.O.L., 304 pp. Prix 32 €
Feuilleter La femme sans bouche suffit à se laisser convaincre de découvrir la proposition que cosignent la romancière Lise Charles et le dessinateur François Matton: la formule du carnet qui n’a jamais perdu son attrait, le jeu des couleurs et d’un trait qui se démultiplient, l’apparence bricolée qui titille la curiosité.
Déjà auteure de trois romans et, sous le nom de Marianne Renoir, de deux textes pour la jeunesse, Lise Charles (1987) s’est plongée dans l’immensité du travail, dessins et aquarelles, que François Matton a réalisé depuis qu’il a quinze ans : c’est sur ce matériau qu’elle s’est appuyée pour écrire une histoire qui, sous sa plume, a consisté à créer des liens entre les éléments qu’elle avait sous la main. Sachant cela, on ne peut qu’être bluffé par la fluidité du résultat. Quant au travail de François Matton, dessinateur chevronné qui a signé une bonne dizaine de titres, il le dépeint lui-même (sur le site des éditions P.O.L.) mieux qu’on ne pourrait le faire: “Il voit dans sa pratique du dessin, qu'il lie à l’écriture, une façon de célébrer tout ce qu’il perçoit: le plus proche comme le plus lointain, le plus trivial comme le plus noble, le plus grave comme le plus léger. Tout vient se placer sur sa feuille sans aucune hiérarchie. Tous les registres se mêlent indifféremment, ce qui donne lieu à de curieuses rencontres”.
Thomas a dix-sept ans. Dans les carnets qu’il tient, entre journal de bord et journal intime, il raconte sa vie de lycéen. Il y révèle être le neveu des auteurs (Lise, écrivaine, est la sœur de sa mère, et François, qui dessine, est le frère de son père). Thomas dessine tout le temps, avec un certain talent, ce que son oncle et sa mère encouragent. Celle-ci s’adonne depuis peu au yoga à domicile (confinement oblige), et Thomas est à la fois intrigué et fasciné par la prof qu’il nomme la femme sans bouche. Solitaire, Thomas compte peu d’amis. Pierre, qui lui est le plus proche, va tomber amoureux de la femme sans bouche, ce qui provoque en Thomas des sentiments mélangés empreints de jalousie.
“Parfois, j’aimerais partir loin de moi”, s’épanche-t-il. Dans ces cinq carnets, qui couvrent la période allant d’octobre 2020 à 2021 (sans doute, les dates disparaissant en cours de route), Thomas représente ses proches et ses profs, son mal-être et ses fantasmes sexuels (suggestifs ou explicites), son désir de faire du dessin son métier, son envie d’ailleurs, l’étrange sentiment d’être un sorcier. Le tout dégage une large gamme qui va de l’enfantin à la rage, de la poésie à la stricte illustration.
L’encre, le crayon, l’aquarelle s’y mêlent, et font, quand c’est nécessaire, la place belle au texte, qui est assuré et habile à rendre cette période charnière, équivoque, parfois déstabilisante, entre la fin de l’adolescence et l’aube de l’âge adulte. De l'ensemble se dégage une énergie, une curiosité, un appétit absolument vibrants. Quelque chose de délicieusement décalé, aussi.
Geneviève Simon


Importation en cours : 114625 octets sur 570063 importés.


lundi 14 novembre 2022

Salut toi

on t'aime bien tu sais



samedi 12 novembre 2022

Pikachu

 Billet de Thierry Groensteen sur La Femme sans bouchehttps://www.editionsdelan2.com/groensteen/spip.php?article89




lundi 7 novembre 2022

Rencontre

Jeudi 17 novembre à 19 heures, je serai avec Lise Charles à la librairie Les Traversées à l'occasion de la parution de La Femme sans bouche, P.O.L
Au plaisir de vous y retrouver !

Les Traversées
2, rue Edouard Quenu
75005 Paris




samedi 5 novembre 2022

jeudi 3 novembre 2022

Nous saurons tout sans rien savoir

 Il y a un livre formidable qui vient de paraître. Un livre de François Matton et de Lise Charles, *La femme sans bouche*, très étrange par le titre, mais aussi très étrange parce que Lise Charles, qui est romancière, est allée construire une histoire à partir des milliers de dessins que François a réalisés depuis des années. Pourtant, l'autobiographie indirecte, le dessinateur connaît. Il a déjà publié des livres drôles et intenses, presque tous chez P.O.L (oui, un dessinateur écrivain chez P.O.L, c'est possible) et je regardais-lisais avec beaucoup d'intérêt un petit livre de lui paru en 2017, *Exercices de poésie pratique*, que j'aime parce qu'il dit en mots précis ce qu'est l'évolution d'un regard vers la considération exacte de ce qui est. Mais ce dessinateur, qui publie beaucoup sur son blog, qui a parfois fédéré certains éléments de sa vie et de sa pensée du dessin dans des ouvrages conçus par lui, cette fois, a laissé faire Lise Charles. Et le résultat est fou, comme semble l'indiquer ce titre qu'on dirait de Max Ernst (*La Femme cent têtes*, 1929) parce qu'avec délicatesse, et une indiscrétion affectueuse, la romancière a tissé ensemble des éléments graphiques qui avaient leur intensité propre, leur propre roman, pour en faire un roman familial où l'on plonge à pleines mains. Il y a ce que la femme ne peut pas dire, il y a des doubles, des frères, une soeur, un oncle, une mère, un père (peut-être mais il faut bien chercher, "Rien à dire sur les parents") des figures, des spectres, des disparus, des deuils, des mensonges, des renaissances, de la vie pure et page après page une définition par éclat de ce qu'est une mémoire et des attaches fines qui la constituent, la font dériver, s'interrompre, reprendre. Le (faux) programme des premières pages annonce la couleur : "Ce sera un journal dessiné parce que 1. Je dessine vraiment très bien, tout le monde le dit. 2. Je n'ai RIEN à raconter, alors autant dessiner ce que j'ai sous les yeux". Cette déclaration, en déni du récit, qui correspond davantage au processus à l'oeuvre sur son blog, contient tout de même des indices importants. D'abord celui d'une virtuosité naturelle, dont François Matton ne fait pas grand cas. Il dessine comme il respire, il dessine ce qu'il respire, il dessine ce qu'il voit et la force des dessins les plus désinvoltes en apparence laisse parfois pantois d'émotion (ils contiennent des récits, les bougres). On peut s'attarder-rêver, en plus du processus analytique global, sur chacun, vibrer au contact d'un sourire, d'un geste simple, d'une posture, d'un corps qui désire et même à l'approche de l'écriture manuscrite du dessinateur, concurrencé (à contre-coeur, peut-être) par des encarts typographiés qui rétablissent une lisibilité plus conforme (sentez mon agacement) et encadrent un dessin pulsionnel d'une intensité rare. Parce que c'est aussi comment je me suis dessiné ou ma vie sexuelle, par la bande, si je puis dire, et l'exhibition qu'on dirait anarchique de tout un imaginaire réaliste (c'est un des paradoxes du voir chez François Matton) qui entoure les étapes de la vie, les jouets, les objets, les souvenirs, les lieux, les ondes, dans un jazz d'images qui se placerait entre *Deux ou trois choses que je sais d'elle* de Godard et *La Jalousie* de Robbe-Grillet. Il s'agit bien de la perception et cette autobiographie phénoménologique décadre sans ménagement nos repères. Les recherches d'appuis sont vaines: autour des dessins bruyants de musique, sonne le blanc des silences. Il y a des secousses émotionnelles à chaque paroi du labyrinthe, mais elles sont rapidement parasitées par le mélange des époques, des temporalités, des mensonges. Nous saurons tout sans rien savoir. Disons qu'il faut se laisser porter. Et si on accepte les remous et les accélérations comme les beaux moments de stase, alors c'est un magnifique moment de lecture, le roman d'une âme qui n'a pas pas abdiqué sa fascination pour la méditation du présent au profit d'un récit. Tout est maintenu : le voir, l'instant, l'amour, la mémoire, la force des lavis et des encres (Matton est un remarquable aquarelliste) et cette femme sans bouche qui serait la pudeur, la mère impossible ou le secret lui-même s'étoile en corne d'abondance. Cela a dû être un choc pour les deux auteurs, que cela tienne, que cela cogne, que cela bruisse de mille signes, que cent bouches parlent et nous embarquent. Je serais vous, je n'hésiterais pas. Mais faites attention, ce livre est malin comme un singe, les pièges sont à chaque page, et l'esprit plane à la surface des couleurs. A l'image de cette femme sur la couverture dont le bras cache le bas du visage et qui semble invoquer la si belle phrase de Proust ("Un homme qui dort tient en cercle autour de lui le fil des heures, l'ordre des années et des mondes") cet ouvrage-monstre tissé à quatre mains fera de vous un être-temps basculé, un regard flottant, l'hésitation d'une idée hydratée par la vue.

Luc Vigier

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La Femme sans bouche
Lise Charles / François Matton
P.O.L, 2022. 304 pages.




vendredi 28 octobre 2022

jeudi 27 octobre 2022

Rencontres à venir

Deux rencontres à venir autour de La Femme sans bouche :
- le 17 novembre, à 19h à la librairie Les Traversées - qui se trouve en bas de la rue Mouffetard, 2 rue Edouard Quenu 75005 Paris
- le 21 novembre, à 19h30 à la Maison de la poésie, 157 Rue Saint-Martin, 75003 Paris




 

samedi 22 octobre 2022

Quel chic

 Ah, quel chic d'avoir des ami.es qui vous envoient des photos de votre ouvrage tout juste paru ! La Femme sans bouche, de Lise Charles et François Matton, 320 pages, éd P.O.L





jeudi 20 octobre 2022

Mental de leader

La Femme sans bouche, (page ? sur 300), de Lise Charles et François Matton (vient de paraître aux Editions POL).







lundi 10 octobre 2022

Sitôt imprimée, sitôt adoptée.

 (La Femme sans bouche, en librairie jeudi.)




samedi 8 octobre 2022

Heureuse époque

J'étais jeune quand j'ai fait ce dessin. Je sortais tout juste de l'adolescence. Ma libido était encore brouillonne et se projetait spontanément sur tout ce qui me tombait sous les yeux. Je pouvais être aussi intensément troublé à la vue d'une marmite rouge qu'en apercevant un poster de pin-up dans la cabine d'un camionneur. Heureuse époque.



dimanche 2 octobre 2022

Première

Grâce à Facebook qui me ressort ce dessin vieux de 7 ans, je peux dater ma première collaboration avec Lise Charles.

Au début de l'année 2015, je m'apprêtais à partir à Québec pour une petite résidence. Pour préparer ce voyage, je m'étais amusé, quelques mois avant mon départ, à (me) faire croire que j'y étais déjà, et déjà à dessiner tout ce que je découvrais. C'est dans cet esprit que j'ai fait cette aquarelle représentant le dessous de la ville depuis le Saint-Laurent, à laquelle j'ai ajouté une légende empruntée à Comme Ulysse, le livre de Lise Charles que je venais de lire et que j'avais adoré. D'évidence ça collait à merveille : le texte paraissait écrit dans le même élan que celui du dessin, on y croyait, on y était. C'était évidemment trop beau pour qu'il ne soit pas dommage d'en rester là. La Femme sans bouche, qui sort le 13 octobre, devrait le confirmer.





dimanche 25 septembre 2022

Calage

Calage de La Femme sans bouche à l'imprimerie Corlet (Normandie).









 

samedi 10 septembre 2022

La Femme sans bouche

 Je reviens d'une énième correction d'épreuves chez Gallimard. Je commence à être gêné de tout le soin qu'ils accordent à ce livre réalisé avec Lise Charles — même s'il est évident qu'il va être une merveille : 300 pages tout en couleurs, des centaines de dessins et aquarelles, grâce à Lise Charles une vraie histoire ("enfin !" s'est écrié mon père), une écriture et des dialogues au scalpel.

Parution chez P.O.L le 13 octobre.



jeudi 1 septembre 2022

mercredi 29 juin 2022

lundi 27 juin 2022

mercredi 22 juin 2022

lundi 20 juin 2022

vendredi 17 juin 2022

mercredi 15 juin 2022

mardi 14 juin 2022

vendredi 3 juin 2022

mercredi 1 juin 2022

lundi 30 mai 2022

samedi 28 mai 2022

vendredi 27 mai 2022

Ce qu'elle est


La confondante réalité des choses Est ma découverte de tous les jours.
Chaque chose est ce qu'elle est
Et il est difficile d'expliquer à quiconque à quel point cela me réjouit,
A quel point cela me suffit.
(Pessoa, cité par Santiago H. Amigorena dans Le Premier exil)



vendredi 20 mai 2022

Enfermé ?

 cherchez l'issue


jeudi 19 mai 2022

Dansons, dansons

pendant qu'il en est encore temps



mardi 10 mai 2022

dimanche 8 mai 2022

mardi 3 mai 2022

mercredi 27 avril 2022

jeudi 21 avril 2022