samedi 9 décembre 2017

Ce matin

Dans le bois, ce matin, près de la grande clairière d'où l'on aperçoit la tour du château de Vincennes, j'ai longtemps observé une des dernières feuilles d'un arbre faire son cinéma en tournicotant au vent. Au bout d'un moment, forcément, je suis tombé en hypnose. Comme je n'allais pas y passer toute la matinée, j'ai tenté de briser le sortilège en levant la tête. Et là, zzzip, le ciel m'a avalé. Un ciel tout blanc, tout plat, sans nuages, sans nuances, sans dimensions. Un trou noir, mais blanc. Troublant.

samedi 2 décembre 2017

Ingrat



Ce que l'on aime, loin de le détruire, on le nourrit. Quand on aime une plante, on l'arrose ; quand on aime un chat, on lui donne croquettes et caresses ; quand on aime une femme on lui donne tout ce qui l'aide à vivre. Et en retour la plante rayonne, le chat nous comble par sa présence, la femme nous donne tout ce qui nous aide à vivre. Et tout ça spontanément - si on a un cœur simple et mystique. Alors ? Où est le problème ? Quelle entrave pour une chose si naturelle ? Mais si on se prend pour un moi bien identifié, bien tordu, accroché à sa petite histoire papa maman, qui se dit j'essaie d'aimer toutes ces choses et ces êtres qui sont séparés de moi, alors ça devient une affaire impossible, un deal véreux, une tractation vouée à l'échec.

lundi 27 novembre 2017

Érable champêtre




Tout ce qu'on aime d'un amour personnel (non mystique) finit presque toujours par nous tétaniser. J'ai remarqué ça. C'est le tardif effet pervers de l'amour.  
Par exemple, si vous aimez le chocolat, eh bien fatalement, un jour, le chocolat vous tétanise. Si vous aimez l'argent, pareil : vous devenez prisonnier de l'argent, vous étouffez comme oncle Picsou sous une montagne de billets. Vous aimez les chats ? Très vite ils vous étouffent, vous ne pouvez plus inviter personne chez vous tellement c'est devenu chez eux. Vous aimez méditer ? Un jour ou l'autre vous voilà prisonnier de la méditation, elle devient votre malédiction. Vous aimez l'adorable Alice au point de vous marier à elle ? Vingt ans plus tard, elle vous... Bon bref, vous avez compris le principe. 
Qu'en déduire ? Qu'il faut se garder d'aimer ? Comme vous y allez !

mercredi 22 novembre 2017

Quelques-uns




Pas plus farouche que Xavier dans sa cabane (une seule fenêtre, et petite ; une porte étroite, et très basse). Un bernard-l'hermite dans sa coquille sombre. 
Tout sourire, c'est Antoine. Beaucoup d'amis mais pas d’ambiguïtés. Donc pas de sexe. N'y pense même pas.

Benoît ne comprend pas ce qui s'est passé cette nuit. Il se souvient juste s'être couché de bonne heure, vaguement dégoûté par sa journée de travail. D'où vient tout ce sang qui empoisse ses draps ce matin ? Il se tâte en vain pour trouver la blessure.

Eric veut disparaître. « N'être plus dehors qu'avec les choses. Sans moi parmi elles. » (Ce n'est pas clair.) Tout le contraire du suicide, pense-t-il. « Juste laisser le sentiment d'être une personne se dissoudre naturellement. » (Pas clair.)
Angel n'aime pas son prénom. Angel n'aime pas son corps. Ni sa tête dans le miroir. Angel attend un miracle sans trop y croire.

Né à X, Louis n'a jamais quitté l'Ecosse. Il épouse à 20 ans la fille de ses voisins. Son commerce prospère vite. Alors qu'il n'est pas loin d'être millionnaire, sa crainte d'une faillite ou d'un revers de fortune le taraude jour et nuit. A 40 ans, un ulcère fulgurant l'emporte en quelques mois.

Michel s'adonne depuis toujours à un grand nombre de drogues. Il met dans ses expériences psychotropes le seul enthousiasme qu'il connaisse. Il joue avec feu comme un enfant. S'attend à brûler à tout moment.

Mireille rêvasse penchée à la fenêtre. Le ballet des voitures la berce. Elle est ici tout en étant ailleurs. Délectable et secrète volupté.

De lourds sacs au bout des bras, Anton revient des courses comme chaque samedi. « Ma vie ne vaut pas tripette », soupire-t-il. De fait, la routine de ses jours ferait se pendre n'importe qui d'un peu sensé. Mais Anton a un vieux chat siamois qu'il faut nourrir chaque jour.



lundi 13 novembre 2017

Maître Puma



Ça fait des années que je suis le disciple de maître Puma.
Il n'est pas très causant. N'en pouvant plus, j'ai fini par me jeter à l'eau ce matin.
Je lui ai demandé timidement : "Maître, est-il vrai que nous ne sommes pas séparés ?"      Il m'a répondu : GRAOUAAAH ! J'ai compris que ce n'était pas le moment de le déranger.

dimanche 12 novembre 2017

Toutes choses à l'esprit



toutes choses à l'esprit
n'égalent pas une violette



"Ce qui perçoit n'est pas perceptible." ceci n'est pas un dogme mais un fait d'expérience. Voyez par vous-même : ce qui perçoit ces lignes peut-il être perçu ? Vous pouvez voir ces mots, l'écran sur lequel ils apparaissent, vous pouvez voir vos mains etc., vous pouvez tout voir mais POUVEZ-VOUS VOIR CE QUI VOIT ?Si la vision (l'écoute, la conscience) ne peut être perçue, c'est vraisemblablement qu'elle n'est ni un objet ni un phénomène. 
Le monde (ainsi que le corps, les pensées, les émotions, les représentations), le monde est tout le perçu. Qu'est-ce qui le perçoit ? Qu'est-ce qui en a conscience ? Cela qui n'est pas perceptible (du moins dans mon expérience), cela qui n'est pas un objet, cela qui n'est pas soumis à l'espace et au temps, cela qui n'est apparu à aucun moment et ne disparaîtra donc jamais. C'est ce que m'apprend mon expérience quand je mets tout savoir de côté. Est-ce que ça correspond à votre expérience ? Voyez.



Ci-dessous, dessin du physicien Ernst Mach (1838-1916) : "autoportrait du moi" (disparition du sujet dans la vison directe). 
Le seul reproche que je ferais à ce dessin (qui tente d'être le plus objectif possible) c'est qu'il a été fait en fermant un œil (ce qui explique l'apparition de l'aile du nez à droite). Dans la vision naturelle (sans fermer un œil) l'ouverture centrale est encore bien plus grande. Formidable ouverture transparente, non localisable, non personnelle, désencombrée de tout savoir, de toute histoire, et qui accueille tout (ou plutôt : où tout est accueilli, où tout apparaît).


mardi 7 novembre 2017

Poniatowski



C'est une vue du boulevard Poniatowski qui passe juste derrière. J'ai glissé un fantôme stylisé pour qu'on puisse se croire au Japon.



dimanche 5 novembre 2017

tic tac






Si vous avez 5 minutes, je vous invite à une petite expérience. Prêtez attention aux sons qui parviennent à vos oreilles en cet instant.         (faites-le vraiment)
L'impression première est que les sons sont plus ou moins lointains, extérieurs, à distance de vous les écoutant. Très bien. Continuez à écouter. Rien qu'écouter (sans cogiter). Pure écoute. Encore un peu et vous pouvez observer que l'impression de distance entre vous et les sons se réduit progressivement. Bientôt il vous sera impossible de distinguer le moindre espace, la moindre séparation entre les sons et l'écoute.  
Voilà ce que révèle l'expérience directe : l'absence de séparation entre la perception et le perçu, l'absence de séparation entre vous écoutant et le monde écouté. Dans l'expérience directe, sans penser, il n'y a pas de distance, pas de séparation, tout apparaît ici. Il n'y a qu'écoute. Pas même une personne écoutant quelque chose d'extérieur. 
Voilà ce que révèle l'expérience directe : l'absence de séparation entre la perception et le perçu, l'absence de séparation entre vous écoutant et le monde écouté. Dans l'expérience directe, sans penser, il n'y a pas de distance, pas de séparation, tout apparaît ici. Il n'y a qu'écoute. Pas même une personne écoutant quelque chose d'extérieur. Glop.




"Bien optimiste" parce que ce jour-là n'est pas encore venu et ne viendra probablement jamais. Je suis très pessimiste sur le devenir collectif de quoi que ce soit de bon. Par contre la révolution à l'échelle individuelle, ça oui — d'expérience je sais qu'elle est possible, actualisable.
On se jette sur tout, on instrumentalisme tout, on veut tirer profit de tout immédiatement. La révolution qu'indique Cézanne est d'aller contre cette fichue habitude, et de maintenir (quelques instants au moins) l'observation avant de passer à table. Cela rejoint ce que j'appelle dans mon livre "la pratique de l'arrêt" (exercice poétique numéro 1 - le sésame (Cézanne !) de l'accès au jardin poétique).

mercredi 1 novembre 2017

J'ai retrouvé un vieux carnet.


          









Dans ce carnet, il y a peu de filles nues — c'était ma période macrobiotique (riz complet, algues, miso et tofu maso). Celle-ci est une exception :



(à suivre)