mercredi 21 juin 2017

Le soldat condamné

"On raconte cette histoire à propos d'un soldat condamné à mort. Le jour de son exécution, il est transporté dans une charrette jusqu'à la potence. Tandis qu'il contemple le paysage pour ce qu'il croit être la dernière fois, un grand calme l'envahit. Le monde lui apparaît dans une magnifique vision d'unité et d'harmonie. Sa peur de mourir est remplacée par un profond sentiment de paix dans lequel lui et le monde ne font qu'un. A la toute dernière minute, le roi gracie le soldat. Celui-ci retrouve la liberté et la vie, mais perd la vision de l'unité. Le reste de son existence se résume à une quête désespérée pour retrouver cette vision. Finalement il s'adonne à la boisson et meurt des années après, alcoolique et solitaire."
Léo Hartong, "S'éveiller au rêve".






dimanche 18 juin 2017

Ni ceci ni cela


Si tout, dans le monde, peut être réductible à une chose limitée, ayant un début et une fin, des limites, un contour, un semblant de forme, il en va tout autrement avec la poésie, qui n'est ni ceci ni cela, rien qu'on puisse tenir dans la main ou dans l'esprit. N'étant pas localisable, il est impossible de mettre la main dessus pour se l'approprier. Elle n'appartient pas au monde, elle n'y prend aucunement place. C'est une écoute englobant tous les sons mais qui ne peut s'entendre elle-même, une vision embrassant le monde entier mais ne pouvant se voir elle-même, une attention se portant sur tout mais incapable de se porter sur elle-même.

Exercices de poésie pratique, P.O.L, 2017

mercredi 14 juin 2017

Panacée

Rien de mieux que des fesses bien rebondies pour régler d'éventuels conflits schizophréniques : je leur dois ma relative santé mentale — parce que s'il fallait compter sur la littérature...




samedi 13 mai 2017

Beaucoup mieux

Depuis que je ne me prends plus pour François Matton, ça va beaucoup mieux. 
Je me vois en chacun, c'est quand même plus sympa.





(Ah mes amis, vous êtes vraiment impayables.)


samedi 6 mai 2017

Merci


Les 15 mn de célébrité promises par Warhol ont été sérieusement revues à la baisse... :

http://www.france2.fr/emissions/dans-quelle-eta-gere/diffusions/05-05-2017_569723

A propos du merci évoqué dans l'entretien :


Dites sans cesse merci


On vous a tellement bassiné depuis la maternelle avec l'idée qu'il ne faut pas vous laisser faire mais au contraire vous affirmer sans arrêt, que vous ne savez plus faire autrement. Quelle que soit la situation, vous serrez les dents, vous jouez des coudes, vous foncez tête la première. C'est pratique pour trouver une place dans le métro aux heures de pointe, certes. Mais conserver cette attitude au musée ou lors des promenades dominicales est un peu déplacé. Que vous soyez assis sur un banc pour observer les canards ou sur un rocher pour contempler le coucher du soleil, c'est plus fort que vous : il faut encore que vous vous affirmiez en commentant le spectacle. Vous ne savez plus vous taire, vous ne pouvez vous retenir de donner votre avis sur tout, il faut toujours qu'on vous entende, qu'on vous remarque, qu'on vous approuve, qu'on vous admire, qu'on soit constamment branché sur vous. C'est depuis longtemps pénible pour votre entourage, ça commence à le devenir pour vous. Il est grand temps de changer. 

Pour cela, exercez-vous à la gratitude. Dites merci à toute occasion. On ne vous demande rien d'autre. Dire merci c'est se montrer reconnaissant pour le don que la vie nous fait à tout moment, ne serait-ce qu'en se déployant gratuitement alors qu'il était possible de s'en tenir au néant. Un nouveau jour se lève ? Merci. L'eau de la douche est à bonne température ? Merci. Une rame de métro apparaît ? Merci. Une place assise ? Merci. L'orage ne vous tombe pas dessus ? Merci. Votre appartement ne s'est pas écroulé ? Merci. Merci pour tout. Tout est à sa place, tout est le bienvenu. Vous accueillez dorénavant chaque chose comme un cadeau, sans commentaire, sans chercher à tirer parti de ce qui se présente. Vous n'intervenez plus, vous ne vous affirmez plus, vous ne vous appropriez plus. Fini. Désormais vous vous contentez d'être présent à ce qui se présente. Vous êtes pleinement conscient de tout avec gratitude. Les sages disent que prier n'est rien d'autre qu'être présent à ce qui est, à tout ce qui s'offre à nous d'instant en instant : une flaque d'eau, un regard, un verre de vin, un perroquet flamboyant, un pigeon mal en point, un soupir d'aise, un accès de colère. Merci. Merci. Merci.

S'exercer à la gratitude, c'est développer une attitude de reconnaissance. Mais avant cela c'est simplement éveiller la pleine conscience de tout. C'est toucher ce qui est, l’accueillir, le recueillir avec la douceur d'une mère aimante. Accueillir tout ce qui est, sans hiérarchie, en cessant de trier en fonction de nos préférences personnelles. C’est une merveilleuse façon d'entrer dans un rapport magique au réel. Tout se met à faire signe amicalement, on sort de l’indifférence. Le monde surgissant rien que pour vos beaux yeux apparaît très vivant. Et cette magique présence des choses coïncide avec un effacement de toute forme d'arrogance en vous. Plus on s’éclipse et plus le monde se révèle. Tous les mystiques l'ont dit, et je le répète en tambourinant après eux : la grande sagesse est amour de ce qui est.

(FM, Exercices de poésie pratique, chapitre 25, verset 2)