



Dans ce carnet, il y a peu de filles nues — c'était ma période macrobiotique
(riz complet, algues, miso et tofu maso). Celle-ci est une exception :

(à suivre)
Je me souviens d'un dessin de Sempé, ou plutôt d'une succession de dessins où l'on voyait un jeune couple emménager dans un appartement dont la vue donnait sur un autre appartement, de l'autre côté de la rue. On voyait d'abord le couple vivre en bohème parmi les cartons non encore déballés ; puis la jeune femme tombe enceinte ; puis le bébé court dans l'appartement ; puis le couple s'embourgeoise ; puis l'enfant parti laisse le couple taciturne à lui-même ; puis ils vieillissent ; la femme a pris l'habitude de lire près de la fenêtre dont la vue donne sur l'appartement d'en face ; c'est une vieillarde à présent ; désœuvrée elle regarde par la fenêtre et voit dans l'appartement un jeune couple emménager, un couple identique à celui qu'elle formait il y a bien longtemps avec celui qui est devenu son vieux mari bedonnant.
Je n'en suis pas tout à fait là, mais je ne peux m'empêcher de repenser à ce dessin poignant en observant un nouveau jeune couple (le troisième !) emménager avec entrain dans l'appartement en face de nos fenêtres.
Extrait de "De pièces en pièces", un livre tout en couleurs de François Matton himself, publié aux Editions POL en 2007. (L'image étant en hd, tu peux t'en faire un poster et l'accrocher au-dessus de ton lit - ça peut t'aider pour tes exams, tête de nœud.)
De même que la drogue est ce qui rend la vie plus intéressante que la drogue, l'art (selon Robert Filliou) est ce qui rend la vie plus intéressante que l'art. A condition toutefois de réussir à décrocher un jour...
(Filliou est parvenu à décrocher de la pratique de l'art — en se tournant à la fin de sa vie vers le bouddhisme et le non agir. Rien que pour cela, je le salue fraternellement.)
Voyez-vous l'objet en relief qui se trouve au centre de cette image ? Oui ? Non ? (C'est aussi énorme que le nez au milieu de la figure.) Je ne vois pas meilleure façon d'évoquer l'émergence subite de la présence (ce qu'on peut appeler le satori) : un soudain changement de focale qui provoque un basculement de perspective.Tout d'abord on ne voit rien — tout est embrouillé, la conscience est confuse, bruyante, dispersée. Puis on nous informe qu'il se tient là quelque chose à découvrir — c'est l'invitation à trouver par soi-même. On cherche — on fait un effort pour trouver, on se fatigue, on s'exaspère. Et puis d'un coup, l'image en 3D apparaît. C'est magique. Elle était là mais on ne la voyait pas. Maintenant qu'on l'a vue, il semble qu'on ne puisse pas ne plus la voir. Pourtant, en un instant, hop, elle disparaît à nouveau. Mince alors. On sait maintenant qu'elle est là, qu'il suffit d'un rien pour la retrouver, mais on ne sait plus comment s'y prendre.
L'image plate et confuse du départ, c'est la vision ordinaire du réel (ou plutôt de la réalité) : indifférence — on bâille, on somnole, on s'emmerde un peu dans la grisaille. L'invitation, c'est quand on croise un type informé. L'effort pour trouver, c'est la laborieuse et très frustrante recherche spirituelle. La vison soudaine, c'est l'éveil, le satori. La perte de la vison, c'est la nuit noire de l'âme. Les retrouvailles avec la vision, c'est les retrouvailles avec soi-même (le retour à la maison après des siècles d'errance).
Oui, décidément cette métaphore est excellente.
S'il fallait une prière : "Emmène-moi de l'irréel au réel."(emmène-moi de l'agitation à la présence)
« Pensé hier : l'abondance d'écrits est une calamité. Pour s'en débarrasser, il faudrait ériger en coutume qu'il soit infamant de publier de son vivant — seulement après la mort. Combien de déchets se déposeraient et quelle eau pure coulerait ! »
Tolstoï (1889)
Tant qu'on n'est pas fatigué du cinéma intérieur, tant qu'on y prend encore du plaisir, tant qu'il continue à nous exciter IL NE S’ARRÊTERA PAS. Il a besoin de notre complicité pour se poursuivre. Retirez cette complicité, pof, il s'arrête aussitôt. (Que reste-t-il alors ?)
Je suis athée (je ne crois en rien, pas même en l'ego), pourtant la spiritualité occupe une grande place dans ma vie. J'ai besoin de me nourrir en profondeur. J'aime ce qu'on appelle "la présence". J'aime faire des bons bains de présence. J'aime écouter le silence. J'aime sentir la vie non personnelle. J'aime l'attention portée aux choses, aux objets, aux phénomènes subtils comme le frémissement du vent, les jeux de la lumière, les couleurs, les sons, l'expérience sensorielle, les états modifiés de conscience, la transe, la joie sans objet, le calme olympien, l'absence de toute occupation, l'absence à moi-même, etc.Il ne faut pas laisser la spiritualité aux religions. Associer spiritualité et religion (abandonner la spiritualité aux religieux), cela fait notamment le lit des extrémistes — qui se disent que si on ne croit pas en dieu alors on n'est rien que de la viande avec un cerveau qui ne pense qu'à gagner du fric pour se divertir.Faut-il rappeler que la spiritualité est également la grande affaire de l'art non religieux ? Voyez Chardin, Monet, Cézanne, Rothko, Beuys,... Les notions de présence, d'ouverture, de souffle, d'inspiration et même d'aura (cf Walter Benjamin) ne sont pas la propriété exclusive des religions.Un verre en cristal qui chante quand on le fait vibrer délicatement, ce n'est pas un phénomène religieux ou ésotérique ! Je chante assez faux mais j'aime vibrer.(Cela dit j'ai le plus grand respect pour toutes les traditions religieuses.)
Comme mes parents ne répondent pas (pour une fois que je les appelle...), je vais donner ici le résultat de l'échographie que j'ai faite ce matin. Entre nous, une échographie, jusqu'ici, je pensais que c'était uniquement réservé à l'observation des fœtus. Mais là c'était une "échographie de la coiffe des rotateurs" - autant dire, rien à voir -, réalisée avec un écho Doppler Couleur pulsé SIEMENS S 3000 (mes parents sont friands de ce genre de précisions). J'ai poireauté une bonne heure à côté d'un nerveux qui sentait la cigarette froide, mais l'examen en lui-même n'a pas duré plus d'une minute (je n'ai même pas réussi à croiser le regard du praticien). Il en est tout de même ressorti que je souffre d'une "tendinopathie chronique inflammatoire substrat épineux se [sic] gauche en voie de calcification avec une fissuration de la face articulaire sans solution de continuité transfixiante de la coiffe des rotateurs". A mon avis, rien de grave. Si j'arrête quelque temps le yoga et la masturbation, tout devrait rapidement rentrer dans l'ordre.
Mes Exercices de poésie pratique sont exposés sur l'étalage très sélectif du stand librairie du festival des LITTÉRATURES HORS DU LIVRE à Beaubourg (Jean-Pierre Criqui les ayant goûtés en expert qu'il est). Tout le monde s'en fout ? Bon ben alors une fille à oilp dans les gencives, tiens.